Colloque International

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Colloque International Langues et Cultures d'Exil

International languages and Cultures of exile Conference
Lille - Paris, du mardi 14 au jeudi 16 novembre 2017

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Presentation

Depuis l’Epopée de Gilgamesh et l’Odyssée d’Homère, l’exil occupe une position en tous points remarquable dans la littérature universelle. Pourtant, si cette notion évoque pour le lecteur le destin singulier de poètes comme Ovide exilé sur la Mer Noire ou Dante, dont la Divine Comédie fut écrite loin de Florence, elle revêt un sens nouveau qu’il convient d’explorer depuis que d’innombrables flux migratoires, tout au long du XXème siècle, ont considérablement modifié les structures démographiques traditionnelles et opéré un profond changement dans le paysage littéraire, culturel et linguistique mondial.

Le projet Langues et cultures d’exil se propose d’interroger la notion d’exil à travers les relations qu’elle établit entre espace réel ou espace intérieur (Edmond Jabès en exil dans le désert ou en exil du désert), langue (singulière ou plurielle) et production artistique. Dans une optique transversale et interdisciplinaire et à travers l’étude d’œuvres littéraires et de pratiques langagières, nous souhaitons proposer de nouveaux modèles de pensée et d’analyse susceptibles d’appréhender les situations et les identités multiples, plurielles ou contradictoires que peuvent générer la situation d’exil, qu’il soit politique, social, culturel voire psychologique (pensons à Pessoa, dont les multiples pseudonymes reflètent la situation d’un auteur en exil dans son propre pays comme celle d’un individu en exil de lui-même).

L’accent sera mis sur la possibilité de perpétuer une culture grâce à la création langagière autant que sur l’invention de langues d’exil ; dans cette double perspective, nous évoquerons les différentes langues juives (yiddish et judéo-arabe, entre autres), ainsi que les langues créoles et les langues sabirs (cf. les outils et concepts des Postcolonial Studies). Nous discuterons des stratégies linguistiques d’auteurs en exil et analyserons leurs modes d’expression et la manière dont ils utilisent le langage dans leurs créations. Plus encore, nous aborderons les différentes formes de plurilinguisme et de diglossie, ainsi que les diverses façons de mettre en scène les structures de la mémoire afin d’en maintenir la continuité. Sur le plan géographique, les intervenants seront libres d'examiner les langues de l'exil et l'exil de la langue dans un espace européen, ou d’élargir l’aire de leurs recherches au territoire de la mondialisation.

Quelques pistes de travail :

  • L’exil absolu, lié à des situations historiques ou biographiques ; séparation géographique et mentale d’avec la terre d’origine (paradigme : Thomas Mann, dont la patrie reste la langue allemande, ou Mahmoud Darwich, en exil sur sa propre terre).
  • La langue d’écriture comme espace et lieu de l’exil (Witold Gombrowicz, Piotr Rawicz) ; l'écriture comme espace habité par l'exilé.
  • La langue comme pont et/ou frontière, comme va-et-vient entre ailleurs et ici, entre les autres et moi (Yitskhok Bashevis Singer et la réécriture en anglais à partir du yiddish).
  • La déterritorialisation et la reterritorialisation de la langue de l’autre ; la langue entre rupture et reconstruction, déracinement et enracinement (Sayed Kashua, arabe israélien écrivant en hébreu).
  • La notion de translangue, tension entre là-bas et ici : les écrivains entre deux langues (Vladimir Nabokov entre le russe et l’anglais, Anne Weber entre l’allemand et le français).
  • Le between worlds d’Edward Said et la notion de l’entre-deux.
  • La langue en exil d’elle-même : Primo Levi, Paul Celan, Elias Canetti, Victor Klemperer.